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L'Echo des Hauts, magazine du plateauL'Écho des Hauts

Le plateau, documents à l'appui

Culture & patrimoine

Le festival des Hauts a vingt ans : la programmation par les chiffres

Vingt éditions, 4 200 spectateurs, 148 000 euros de budget dont 54 % de subventions. En dépouillant vingt ans d'affiches, une évolution ressort que le festival ne revendique pas : il ne programme presque plus d'artistes du plateau.

Camille Fournier-BraudLecture : 6 min

Vingt barres donnant la part de compagnies du plateau dans la programmation du festival, de 2007 a 2026
La part des compagnies du plateau dans la programmation du festival, édition par édition, de 2007 à 2026.

La vingtième édition du festival des Hauts s'est achevée le 19 juillet. Quatre mille deux cents spectateurs, cent quarante-huit mille euros de budget, cinquante-quatre pour cent de subventions publiques.

Ces trois chiffres sont dans le dossier de presse. Ils décrivent une réussite, et il faut le dire tout de suite : c'en est une. La première édition, en 2007, avait réuni mille neuf cents spectateurs avec trente-huit mille euros.

Nous avons dépouillé les vingt programmes, spectacle par spectacle. Quatre cent trois spectacles en vingt ans. Ce dépouillement fait apparaître une évolution continue, jamais annoncée, jamais décidée en assemblée générale, et que le festival ne revendique pas : il ne programme presque plus d'artistes du plateau.

Onze sur quatorze, puis deux sur vingt-quatre

En 2007, le festival programmait quatorze spectacles, dont onze portés par des compagnies du plateau : soixante-dix-neuf pour cent.

En 2026, il en programme vingt-quatre, dont deux : huit pour cent.

La courbe entre les deux ne comporte aucune rupture. Elle descend d'année en année, sans jamais remonter de plus d'un point, et sans coïncider avec un changement de direction — l'association a connu deux présidents et une seule directrice artistique, en poste depuis 2011.

Sur les vingt éditions, quatre cent trois spectacles ont été programmés, dont cent trente-cinq par des compagnies du plateau, soit trente-trois pour cent en cumul. Le cumul, ici, ment : quatre-vingt-quinze de ces cent trente-cinq ont été programmés lors des dix premières éditions.

Un dernier partage achève de préciser le mouvement. Les deux compagnies du plateau de 2026 ne sont pas dans la programmation payante : elles jouent au programme gratuit hors les murs, dans deux salles des fêtes. C'est le cas de toutes les compagnies du plateau programmées depuis 2022. Le programme payant du festival n'a plus accueilli une seule compagnie du plateau depuis cinq éditions.

Vingt lignes de carres, un par spectacle programme, les carres pleins etant les compagnies du plateau
Les vingt éditions, un carré par spectacle programmé. Les carrés pleins sont les compagnies dont le siège social se situait sur le plateau l'année de la programmation.Reconstitution graphique — L'Écho des Hauts, d'après les vingt programmes
  • 403spectacles

    programmés en vingt éditions, dont 135 par des compagnies du plateau

  • 8%

    la part du plateau en 2026, contre 79 % en 2007

  • +69%

    la hausse réelle du plein tarif, en euros constants

  • 19

    de subvention publique par spectateur

Ce que la professionnalisation a payé, et avec quoi

Le mouvement a une cause, elle est écrite, et elle n'a rien de honteux. En 2014, l'association s'est dotée d'un règlement intérieur qui subordonne l'entrée au programme payant à un « niveau professionnel attesté » : licence d'entrepreneur de spectacles, et trente dates payantes dans les douze mois précédents.

Onze compagnies sont aujourd'hui recensées sur le plateau, toutes disciplines confondues. Une seule remplit ce critère.

Le critère a produit exactement ce qu'il annonçait. La fréquentation a plus que doublé, de mille neuf cents à quatre mille deux cents. Le nombre de créations — spectacles créés pour le festival — est passé de une à six. Et la part de ressources propres, c'est-à-dire ce que le festival gagne au lieu de le recevoir, est montée de vingt-neuf à quarante-six pour cent.

Ce dernier chiffre mérite d'être lu correctement, parce qu'il est le plus souvent cité à l'envers. La part de subvention a baissé, de soixante et onze à cinquante-quatre pour cent. En euros, la subvention a augmenté : vingt-six mille neuf cent quatre-vingts euros en 2007, quatre-vingt mille aujourd'hui — trente-quatre mille de la communauté des Hauts, vingt-deux mille quatre cents du département, quinze mille cinq cent vingt de la région, huit mille des communes.

En euros constants, l'indice des prix ayant été multiplié par 1,38 depuis 2007 — c'est la série longue déjà utilisée dans ces pages pour ramener un bulletin de paie de 1983 en euros de 2026 —, la subvention de 2007 vaut trente-sept mille deux cents euros d'aujourd'hui. L'argent public versé au festival a donc plus que doublé en dix-neuf ans, en monnaie constante, pendant que sa part relative baissait de dix-sept points. Les deux phrases sont vraies ; une seule est dite.

Le billet, et le seuil que personne n'a discuté

Le plein tarif est passé de neuf euros en 2007 à vingt et un euros en 2026. Ramené en euros constants, le billet de 2007 vaut douze euros quarante-deux : la hausse réelle est de soixante-neuf pour cent.

Le prix effectivement encaissé, lui, est plus bas : douze euros trente-huit par spectateur en 2026, contre cinq euros en 2007, gratuits, tarifs réduits et pass compris. La billetterie rapporte cinquante-deux mille euros, contre neuf mille cinq cents il y a dix-neuf ans.

Reste la question que le dépouillement pose et à laquelle aucun document de l'association ne répond : à quelles conditions une compagnie du plateau reviendrait-elle au programme payant ?

Le cachet médian de la programmation payante 2026 est de trois mille quatre cents euros. Le cachet le plus élevé jamais versé à une compagnie du plateau est de mille cent euros, en 2013. Ce n'est donc pas le budget qui l'exclut : le festival a les moyens de la payer trois fois plus qu'il ne l'a jamais fait. C'est le critère de 2014, et lui seul.

Ce critère figure au règlement intérieur. Il n'a jamais été inscrit à l'ordre du jour d'une assemblée générale, ni avant son adoption ni depuis. Il se modifie à la majorité simple du conseil d'administration, en une séance.