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L'Echo des Hauts, magazine du plateauL'Écho des Hauts

Le plateau, documents à l'appui

Territoire

Le col des Trois-Vents, dernier verrou du projet éolien

Six machines, 19,8 mégawatts, quatre ans d'instruction. Le sort du projet éolien du col des Trois-Vents ne se joue pas dans l'enquête publique de novembre, mais dans une ligne du dossier de raccordement que personne n'a lue.

Hakim ZerroukiLecture : 5 min

Courbes de niveau du col des Trois-Vents et implantation des six mats du projet eolien
Les courbes de crête du col des Trois-Vents et l'implantation des six mâts.

Quatre ans que le projet est instruit, et quatre ans que la discussion publique tourne autour du même objet : la vue. Depuis le hameau des Écharmes, six mâts de 180 mètres au bout de la crête, c'est un paysage qui change. Les réunions ont porté là-dessus, les tribunes aussi, et l'enquête publique de novembre portera très probablement là-dessus encore.

Pendant ce temps, la question qui décidera du projet n'a été posée dans aucune salle. Elle tient en une ligne d'un document technique de quatre-vingts pages, déposé en 2024 et consultable depuis : la capacité résiduelle du poste source auquel le parc doit se raccorder.

Cette ligne porte un nombre, 8,4 mégawatts, et le projet en demande 19,8. Tout ce qui suit découle de cet écart, et rien de ce qui suit n'a été débattu en séance.

  • 19,8MW

    puissance installée du projet

  • 8,4MW

    capacité résiduelle du poste source, au dernier état publié

  • 6machines

    au bout de la crête, à 1 512 m

  • 1 512m

    altitude du col des Trois-Vents

  • 4,2M€

    coût du renforcement du poste, inscrit nulle part

  • novembre 2026

    ouverture de l'enquête publique

Un poste source n'est pas extensible

Un parc éolien ne produit rien s'il ne peut pas injecter. L'injection passe par un poste source, c'est-à-dire l'endroit où le réseau de distribution rejoint le réseau de transport. Chaque poste a une capacité d'accueil, elle est publiée, et elle se consomme au fur et à mesure des raccordements acceptés.

Celui qui dessert le plateau est à quarante kilomètres. Sa capacité résiduelle, au dernier état publié, ne couvre pas 19,8 mégawatts. Elle en couvre moins de la moitié.

Le détail explique le reste. Le poste a été dimensionné à 22 mégawatts d'accueil. Deux centrales photovoltaïques autorisées en 2019 et 2022, puis une unité de méthanisation, en ont réservé 13,6 — et une capacité réservée est décomptée le jour de l'acceptation, pas le jour de la mise en service. Deux de ces trois installations ne produisent toujours rien ; elles occupent pourtant la place.

Reste 8,4. Six machines de 3,3 mégawatts en font 19,8 ; 8,4 divisés par 3,3 en font deux. En l'état, le poste accepte deux machines.

Fac-simile d'un extrait de dossier de raccordement, capacite residuelle du poste source
L'extrait du dossier de raccordement où figure la capacité résiduelle du poste source.Reconstitution graphique — L'Écho des Hauts

Deux issues, et une seule est discutée. Soit le projet est calibré à ce que le poste accepte, et il tombe de six machines à deux — 6,6 mégawatts, le tiers de la puissance déposée, ce qu'aucun plan de financement présenté jusqu'ici ne supporte. Soit le poste est renforcé, et quelqu'un paie ce renforcement.

Le montant, lui aussi, figure dans le dossier de 2024 : 4,2 millions d'euros pour porter l'accueil du poste de 22 à 34 mégawatts. Il n'apparaît dans aucune des délibérations prises jusqu'ici par les communes concernées.

Ce n'est pas une objection au projet. C'est l'observation que la variable qui commande sa taille, et donc sa rentabilité, n'a jamais été mise sur la table où les élus délibèrent.

Quatre millions deux, et personne pour les inscrire

Un renforcement de poste source ne se paie pas par celui qui le décide, mais par ceux qui s'y raccordent, au prorata de la puissance qu'ils réservent. Le renforcement chiffré à 4,2 millions crée douze mégawatts d'accueil supplémentaires. Le parc en consommerait 11,4 — les 19,8 demandés, moins les 8,4 déjà disponibles. Sa quote-part ressort donc à 95 % du montant, soit près de quatre millions d'euros.

C'est un chiffre qui décide, et il décide dans les deux sens. S'il est supportable pour l'exploitant, le projet passe à six machines et le plateau gagne au passage 0,6 mégawatt d'accueil pour ses raccordements futurs — un atelier, une toiture photovoltaïque, une chaufferie. S'il ne l'est pas, il n'y a pas de version intermédiaire : on ne renforce pas un poste à moitié.

Ce n'est pas la communauté des Hauts qui paierait. Mais l'ordre de grandeur situe la décision mieux que n'importe quel argument de paysage : 4,2 millions d'euros représentent les deux tiers de tout ce que les quatorze communes investissent ensemble en une année.

Reste le calendrier, qui est le vrai verrou. Une opération de renforcement se conduit en cinq à six ans, études et travaux compris, et elle ne démarre qu'une fois la convention de raccordement signée — donc après l'autorisation. Le parc autorisé en 2027 injecterait au mieux en 2033.

Ce que l'enquête publique pourra encore changer

Elle pourra changer l'implantation à la marge, les mesures d'accompagnement, les horaires de bridage acoustique. Elle ne rouvrira pas la puissance installée, arrêtée dans le dossier déposé.

Elle ne se prononcera pas davantage sur le raccordement. Ce n'est pas un oubli de procédure : le raccordement relève d'une convention entre le producteur et le gestionnaire de réseau, distincte de l'autorisation environnementale, et elle ne fait l'objet d'aucune consultation du public à aucun stade. Un commissaire enquêteur peut relever la question dans son rapport ; il n'a aucun moyen de la trancher, et son avis ne lie personne sur ce point.

Autrement dit : la réunion de novembre portera sur ce qui reste après que la question décisive a été tranchée ailleurs, par un document que personne n'a demandé à voir. Il est public depuis deux ans.