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L'Echo des Hauts, magazine du plateauL'Écho des Hauts

Le plateau, documents à l'appui

La vie publique

Une classe fermée à Combe-Roussel : la carte scolaire sans les mots de l'inspection

Une classe fermée à la rentrée, onze familles concernées, un coût de transport qui change de payeur. La décision tient en quatre lignes de courrier administratif. Voici ce que ces quatre lignes veulent dire.

Hakim ZerroukiLecture : 6 min

Fac-simile d'un tableau d'effectifs scolaires sur quatre rentrees, quatre colonnes
Les effectifs de l'école de Combe-Roussel sur quatre rentrées, tels qu'ils figurent dans les enquêtes annuelles.

Le courrier est arrivé en mairie de Combe-Roussel le 5 mars. Il fait une page, dont quatre lignes portent la décision. C'est la vingt et unième école du plateau, elle comptait soixante et un élèves en trois classes à la rentrée 2025, elle en comptera cinquante-quatre en deux classes à la rentrée 2026.

Ces quatre lignes sont reproduites plus bas, mot pour mot, et traduites une par une. Elles ne disent pas ce qu'elles décident, non par ruse mais par usage : le vocabulaire de la carte scolaire est un vocabulaire de gestion des postes, et il décrit des moyens là où les familles voient une classe.

Le seuil, qui n'est écrit nulle part et qui se reconstitue

Aucun texte ne fixe un nombre d'élèves en dessous duquel une classe ferme. L'administration raisonne en postes par élève à l'échelle du département, et elle le dit. Il existe pourtant un seuil, et on peut le lire dans les décisions elles-mêmes.

Sur les vingt et une écoles du plateau, les moyennes par classe à la rentrée 2025 s'échelonnent de quatorze virgule deux à vingt-six virgule huit élèves. Quatre écoles ont perdu un emploi depuis 2021. Leurs moyennes, l'année précédant la mesure, étaient de dix-huit virgule quatre, dix-huit virgule un, dix-sept virgule neuf et dix-huit virgule trois. Trois autres écoles ont une moyenne basse et n'ont rien perdu : dix-huit virgule six, dix-huit virgule huit, dix-neuf virgule un.

La ligne passe entre 18,3 et 18,6. Elle n'apparaît dans aucun document, elle n'a jamais été annoncée à un conseil d'école, et elle prédit sept décisions sur sept depuis cinq ans. Combe-Roussel, avec cinquante-quatre élèves prévus pour trois classes, se présente à dix-huit virgule zéro. C'est un dixième de point sous le point le plus bas jamais épargné.

Les effectifs, eux, ne surprennent personne : soixante-huit élèves en 2023, soixante-cinq en 2024, soixante et un en 2025, cinquante-quatre prévus en 2026. Quatorze élèves en trois ans, dans une commune de huit cent soixante habitants. Ce n'est pas un accident démographique, c'est une pente, et elle était lisible en 2023.

  • 21écoles

    sur les quatorze communes du plateau

  • 1classe

    fermée à Combe-Roussel à la rentrée 2026

  • 11familles

    concernées par le transfert du cycle 3

  • 12,4km

    ajoutés chaque matin et chaque soir

Les onze familles, qui ne sont pas concernées par la fermeture

C'est le point le plus mal compris du dossier, et il faut le prendre dans l'ordre. La fermeture d'un emploi, en soi, ne déplace aucun enfant : elle produit deux classes de vingt-sept au lieu de trois classes de dix-huit. C'est ce que le conseil d'école a refusé le 17 mars, en s'appuyant sur la quatrième ligne du courrier — celle qui lui laisse l'organisation.

Il a donc demandé, et obtenu, le transfert du cycle 3 vers l'école de Val-d'Ambre : quatorze élèves de CM1 et de CM2, issus de onze familles. Les deux classes restantes accueillent alors quarante élèves, à vingt. C'est un meilleur arrangement pédagogique, et c'est une décision locale, pas une conséquence mécanique de la décision de l'État.

Elle a un prix, et il change de poche. Val-d'Ambre est à douze kilomètres quatre, dix-neuf minutes. Un circuit dédié, deux rotations quotidiennes, fait quarante-neuf kilomètres six par jour, soit sept mille cent quarante kilomètres sur cent quarante-quatre jours de classe. Au prix du marché de transport scolaire en vigueur, deux euros trente-cinq du kilomètre, cela fait seize mille huit cents euros par an. La participation départementale couvre soixante pour cent : il reste six mille sept cents euros à la charge de Combe-Roussel, contre deux mille neuf cents euros économisés en chauffage et entretien de la salle libérée.

Le solde net est de trois mille huit cents euros par an, pour une commune de huit cent soixante habitants. En face, l'État retire un poste, soit environ quarante et un mille huit cents euros de rémunération chargée.

Le rapport est de onze à un. La dépense n'a pas été supprimée : elle a été divisée par onze et déplacée sur huit cent soixante personnes.

On nous laisse le choix de l'organisation, et on nous le laisse après avoir retiré le moyen. Ce n'est pas de l'autonomie, c'est de la répartition de ce qui manque.

La maire de Combe-Roussel, en conseil municipal du 24 marsEnregistrement public de la séance

Ce que le réexamen de septembre changera, et ce qu'il ne changera pas

La troisième ligne du courrier promet un réexamen au constat de rentrée. Il aura lieu, et il peut techniquement rendre le poste : il l'a fait deux fois sur le plateau depuis 2021, quand l'écart entre prévision et constat dépassait quatre élèves.

Il n'a pourtant, cette fois, presque aucune chance de jouer, et pour une raison qui tient à la décision locale elle-même. Les quatorze élèves de cycle 3 seront comptés à Val-d'Ambre en septembre, puisque c'est là qu'ils seront inscrits. L'école de Combe-Roussel se présentera donc au constat avec quarante élèves, et non cinquante-quatre. L'arrangement qui a évité les classes à vingt-sept a, du même geste, rendu le retour du poste arithmétiquement impossible.

Personne ne l'a caché : cette conséquence a été énoncée au conseil d'école du 17 mars, et le procès-verbal en porte trace. Elle a été acceptée en connaissance de cause, parce qu'entre deux classes à vingt-sept pendant un an et un transfert stable, l'équipe a jugé le second moins mauvais.

Reste la phrase que ni le courrier ni le procès-verbal n'écrivent, et qui est la seule qui vaille pour la suite. Une école qui passe de trois classes à deux, puis qui perd son cycle 3, se présentera à la rentrée 2028 avec un effectif dont personne ne sait s'il justifie encore deux emplois. La ligne des dix-huit virgule cinq, elle, ne bougera pas.