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L'Echo des Hauts, magazine du plateauL'Écho des Hauts

Le plateau, documents à l'appui

Grand air

Le club de trail des Hauts remplit ses 600 dossards en huit minutes

Six cents dossards, huit minutes. Le trail des Hauts est le seul événement du plateau qui se refuse du monde. Ce que six cents coureurs laissent sur place, et pourquoi le club dit non à mille deux cents.

Camille Fournier-BraudLecture : 6 min

Verbatim en grand corps : qui ramasserait, et avec quelles mains
« On nous dit moins souvent qui ramasserait, et avec quelles mains. »

Les inscriptions ont ouvert le 11 janvier à vingt heures. À vingt heures huit, les six cents dossards étaient pris. Mille neuf cent quarante comptes étaient encore en file d'attente : la demande vaut plus de trois fois l'offre, et elle la dépasse chaque année davantage.

Sur un plateau où le festival des Hauts remplit ses quatre mille deux cents places avec cent quarante-huit mille euros de budget dont cinquante-quatre pour cent de subventions, et où la station de Monteclair 1450 a clos sa saison sur quatre cent quatre-vingt mille euros de déficit, un événement en situation de rareté est une anomalie. Le club l'a mesurée avant qu'on la lui demande, et il refuse de l'exploiter. Ce refus n'est pas un principe : c'est le résultat de quatre calculs, qu'il a acceptés de reprendre ligne à ligne.

  • 600dossards

    mis en vente le 11 janvier 2026

  • 8minutes

    pour les écouler

  • 1 630heures

    de bénévolat mobilisées sur l'édition

  • 61 000

    de dépenses laissées sur le plateau

Ce que six cents coureurs laissent réellement

Le club interroge ses coureurs depuis 2022, par un questionnaire envoyé le lendemain. L'édition 2026 a recueilli quatre cent trente et une réponses, soit soixante-douze pour cent, ce qui est un taux élevé et qui s'explique : le questionnaire conditionne l'accès au classement photographique.

Soixante et un pour cent viennent accompagnés, d'une personne en moyenne. Six cents coureurs font donc neuf cent soixante-dix personnes présentes. Quarante-quatre pour cent des coureurs dorment sur place, un aller sans retour dans la journée n'étant pas praticable pour qui vient de plus de deux heures : cela fait quatre cent vingt-cinq personnes hébergées, pour une durée moyenne d'une nuit huit, soit sept cent soixante-cinq nuitées.

Les trois postes se chiffrent. L'hébergement, à trente-quatre euros la nuitée en moyenne toutes formules confondues, vaut vingt-six mille euros. La restauration, un virgule sept repas par personne présente à seize euros, vingt-six mille quatre cents. Les achats — marché, épicerie, vente directe — neuf euros par personne, huit mille sept cents. Le total tient à soixante et un mille euros, et il faut le lire pour ce qu'il est : ni un chiffre d'affaires, ni une retombée fiscale, seulement la dépense constatée sur deux jours par des gens qui ne seraient pas venus autrement.

Il faut y ajouter ce que le club dépense lui-même sur place, et qui ne sort pas du plateau : quatre mille huit cents euros de ravitaillement achetés chez huit producteurs des quatorze communes.

Le poste qui n'apparaît nulle part

Deux cent quatorze bénévoles ont tenu l'édition 2026, pour mille six cent trente heures : signaleurs, ravitaillements, chronométrage, montage et démontage, deux nuits de garde du matériel. Valorisées au coût horaire d'un salarié au minimum légal, charges comprises, ces heures représentent vingt-trois mille euros — cinquante-six pour cent du budget de la course.

Ce poste n'apparaît dans aucun compte, et c'est lui qui décide de tout le reste. Le club compte cent quatre-vingt-sept licenciés, dont soixante-trois ont moins de dix-huit ans. Les deux cent quatorze bénévoles comprennent donc déjà quatre-vingt-seize personnes extérieures au club, recrutées par le bouche-à-oreille dans six communes. Le vivier n'est pas une variable d'ajustement : c'est un plafond, et il est atteint.

Les six mille deux cents euros de buvette, enfin, ne sont pas un détail. Ils représentent quarante pour cent du budget annuel de fonctionnement du club, c'est-à-dire ce qui paie les déplacements de l'école de trail. Une édition annulée ne coûte pas une édition : elle coûte une saison de jeunes.

On nous dit qu'on laisse de l'argent sur la table. C'est vrai. On nous dit moins souvent qui ramasserait, et avec quelles mains.

Le président du club de trail des HautsEntretien après l'édition, juin 2026

Pourquoi le club dit non à mille deux cents

Le sujet revient chaque automne, porté par deux communes et par un partenaire. Le club y répond par quatre nombres, dans cet ordre.

Le gué des Écharmes. Le parcours emprunte les sept kilomètres quatre du sentier rouvert en mai 2026, sans la passerelle qui manquait. Le franchissement du ruisseau se fait donc en file indienne, et il a été chronométré : vingt et un coureurs par minute. Six cents coureurs y passent en vingt-neuf minutes, ce que les barrières horaires absorbent. Mille deux cents y passeraient en cinquante-sept minutes, ce qu'elles n'absorbent pas — et l'assurance de l'épreuve est délivrée sur un dossier qui décrit ces barrières.

Les bénévoles. L'encadrement est proportionnel au nombre de coureurs, pas au nombre de départs : un signaleur tient un carrefour, qu'il y passe deux cents personnes ou quatre cents, mais il faut doubler les ravitaillements, les postes de secours et les rotations. Le rapport observé est d'un bénévole pour deux virgule huit coureurs. Mille deux cents dossards demanderaient quatre cent vingt-huit bénévoles. Il en existe deux cent quatorze.

Les lits. Le plateau recense quatre cent douze lits marchands — gîtes, chambres d'hôtes, camping, hôtel de Val-d'Ambre. Les deux mille trois cent quatre-vingts résidences secondaires n'en sont pas : elles sont occupées par leurs propriétaires ce week-end-là. Sept cent soixante-cinq nuitées passent déjà tout juste, avec trois cent quarante coureurs logés chez l'habitant par le club lui-même. Le doublement demanderait mille cinq cent trente nuitées : le surplus dormirait en fond de vallée, et y dépenserait.

Le calcul qui conclut. C'est la conséquence des trois précédents. En doublant le nombre de dossards, les retombées ne doublent pas : l'hébergement sature à quatre cent douze lits, la restauration suit partiellement, les achats suivent. L'estimation du club, reprise ici avec ses hypothèses, donne quatre-vingt-cinq mille euros au lieu de soixante et un mille. Trente-neuf pour cent de retombées en plus pour cent pour cent de bénévoles en plus — et pour une course dont le point de passage obligé devient un embouteillage d'une heure.

Le refus tient dans cette ligne. Il ne dit pas que la course doit rester petite ; il dit que la seule variable qu'on sait doubler est celle qui coûte, et qu'elle n'appartient à personne.