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L'Echo des Hauts, magazine du plateauL'Écho des Hauts

Le plateau, documents à l'appui

Grand air

Le sentier des Écharmes rouvre, sans passerelle et sans balisage neuf

Sept kilomètres quatre rouverts en mai, sans la passerelle et sans le balisage annoncés. Le sentier des Écharmes est praticable, ce qui n'est pas la même chose qu'ouvert — et la responsabilité, elle, est bien attribuée.

Ana-Lucia FerreiroLecture : 6 min

Profil en long du sentier des Echarmes sur 7,4 kilometres, le gue signale au kilometre 2,9
Le profil en long des 7,4 kilomètres du sentier. Au kilomètre 2,9, l'emplacement de la passerelle emportée en novembre 2023.

L'arrêté du maire d'Écharmes, pris le 7 mai, prend effet aujourd'hui : le sentier des Écharmes est rouvert. Il était interdit depuis le 3 novembre 2023, date à laquelle une crue du ruisseau de la Fauge a emporté la passerelle qui franchit le ruisseau au kilomètre 2,9. Douze mètres de portée, une culée arrachée, l'autre déchaussée.

Ce qui a été fait tient en une ligne de compte : neuf mille quatre cents euros. Débroussaillage sur toute la longueur, deux purges de talus, reprise de trois cent quarante mètres d'assise dégradée par le passage de l'eau. Les travaux ont été réalisés en régie et par l'entreprise de La Rive-Haute, en avril.

Ce qui n'a pas été fait tient en deux : la passerelle n'est pas reconstruite, et le balisage n'a pas été repris. J'ai fait les 7,4 kilomètres le 4 mai, dans les deux sens.

Le gué, et les quarante et un jours

À la place de la passerelle, on franchit désormais le ruisseau à gué, sur un lit de blocs stabilisés par la crue elle-même. Le passage fait onze mètres. Il est balisé par deux piquets, posés par la commune, sans panneau.

La station de jaugeage du ruisseau, en aval du gué, fournit une série continue depuis 2016. La fiche de sécurité de la fédération de randonnée fixe à vingt-deux centimètres la hauteur au-delà de laquelle un franchissement à gué cesse d'être considéré comme praticable pour un marcheur non équipé.

Sur la série 2016-2025, cette hauteur est dépassée quarante et un jours par an en moyenne. Onze pour cent de l'année : le chiffre paraît faible, et il l'est. Ce qui ne l'est pas, c'est sa distribution. Vingt-trois de ces quarante et un jours tombent entre le 15 avril et le 15 juin, c'est-à-dire dans les six semaines qui portent trente et un pour cent des passages annuels. Sur cette fenêtre, le gué est infranchissable un jour sur trois.

Rapporté à la fréquentation plutôt qu'au calendrier, le sentier rouvert est donc coupé seize pour cent du temps où les gens y viennent. Le compteur posé en 2019 à l'entrée basse enregistrait onze mille quatre cents passages en 2023, avant la crue. C'est le deuxième itinéraire du plateau.

Rien, sur le terrain, ne l'indique. Ni à l'entrée basse, ni à l'entrée haute, ni au gué.

Profil en travers du gue, quatre niveaux d'eau et les deux culees de la passerelle emportee
Le profil en travers du gué, avec les quatre hauteurs d'eau relevées à la station de jaugeage et les deux culées de la passerelle emportée.Reconstitution graphique — L'Écho des Hauts, d'après la série 2016-2025
  • 7,4km

    de sentier rouverts le 12 mai

  • 112 000

    le devis 2026 de la passerelle, contre 84 000 en 2024

  • 41jours par an

    où le gué n'est pas franchissable

  • 340

    ce que coûtent les deux panneaux qui déplaceraient la responsabilité

Trois acteurs, une responsabilité, et deux panneaux à 340 euros

Le sentier appartient pour l'essentiel au domaine privé de la commune d'Écharmes, avec sept conventions de passage sur des parcelles privées. L'entretien relève de la commune. La compétence tourisme, elle, a été transférée à la communauté des Hauts en 2018, et c'est elle qui édite la carte, alimente le site et pose la signalétique d'accueil.

En cas d'accident au gué, la responsabilité recherchée serait celle du maire, au titre de son pouvoir de police, et celle de la commune, au titre de la garde de l'ouvrage. L'assurance de la commune couvre ce risque à hauteur de huit millions d'euros. Son contrat comporte une exclusion, et elle est courte : le défaut de signalisation d'un danger connu de l'assuré.

Le danger est connu, et il est écrit. Il figure au procès-verbal du conseil municipal du 14 février 2024, à celui du 9 septembre 2024, et dans le rapport de visite de l'agent de la communauté du 3 avril 2026, que la commune a reçu. Le risque juridique n'est pas créé par le gué : il est créé par les documents qui prouvent qu'on le connaît.

Deux panneaux réglementaires — nature du franchissement, hauteur au-delà de laquelle il ne doit pas être tenté, numéro d'appel — posés aux deux entrées, coûtent trois cent quarante euros, pose comprise. Ils ne sont pas posés.

J'ai posé la question aux deux échelons. La commune répond que la signalétique des itinéraires relève de la communauté depuis le transfert de 2018. La communauté répond que la signalisation d'un danger relève du pouvoir de police du maire, qui ne se transfère pas. Les deux réponses sont exactes. Il n'existe, à ce jour, aucun document qui tranche entre elles, et la question n'a été inscrite à l'ordre du jour d'aucune des deux assemblées.

L'épreuve du trail des Hauts, le 27 juin, empruntera le gué.

Cent douze mille euros pour six cent dix habitants

Le devis de reconstruction de la passerelle était de quatre-vingt-quatre mille euros en 2024. Il est de cent douze mille euros en 2026, soit trente-trois pour cent de plus en deux ans. L'écart s'explique par deux postes : l'acier, et l'accès du chantier — la piste utilisée en 2011 pour la passerelle d'origine a été déclassée depuis, ce qui impose un héliportage ou trois cents mètres de piste provisoire.

La commune d'Écharmes compte six cent dix habitants. Son budget d'investissement 2026 s'élève à soixante-huit mille euros. La passerelle représente une fois et demie tout ce qu'elle investit dans une année, hors subvention.

Deux dossiers de financement ont été déposés depuis 2024. Le premier a été refusé en 2025 au motif que l'ouvrage ne dessert pas d'habitation. Le second, déposé en février, porte sur un dispositif régional de « valorisation des itinéraires » qui finance jusqu'à cinquante pour cent — la réponse est attendue en septembre. Reste, dans l'hypothèse favorable, cinquante-six mille euros à la charge d'une commune qui, par ailleurs, voit sa capacité à construire ramenée à zéro hectare dans le projet de plan local d'urbanisme intercommunal.

Le balisage, lui, ne dépend d'aucun dossier. Soixante et une balises manquent sur les 7,4 kilomètres. Elles étaient posées et entretenues par la fédération de randonnée dans le cadre d'une convention de mille deux cents euros par an, échue le 31 décembre 2024. Elle n'a pas été renouvelée, faute d'avoir été inscrite à un ordre du jour.