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L'Echo des Hauts, magazine du plateauL'Écho des Hauts

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Le car express Val-d'Ambre–gare basse : deux ans de chiffres

128 000 voyages en un an, 1,9 million d'euros par an, 62 % de subvention. Le car express du plateau est un succès ou un gouffre selon qui le raconte. Le coût par voyage, lui, ne se raconte pas.

Camille Fournier-BraudLecture : 5 min

Courbe des voyages mensuels du car express sur deux saisons, de septembre 2024 a fevrier 2026
Les voyages mensuels du car express depuis son ouverture, de septembre 2024 à février 2026.

La ligne a ouvert le 2 septembre 2024. Six allers-retours par jour entre Val-d'Ambre et la gare basse, quarante et un kilomètres, un peu moins d'une heure. Sur la saison 2025-2026, elle a enregistré 128 000 voyages et coûté 1,9 million d'euros, subventionnés à soixante-deux pour cent.

Ces trois chiffres circulent depuis dix-huit mois et servent aux deux discours. « Cent vingt-huit mille voyages » ouvre les communiqués ; « un virgule neuf million d'euros » ouvre les tribunes. Aucun des deux ne se rapporte à l'autre, et c'est cette division-là qui manque à tous les documents publics de la ligne.

Quatorze euros quatre-vingt-quatre

Un million neuf cent mille euros divisés par 128 000 voyages font quatorze euros quatre-vingt-quatre — quatorze euros quatre-vingts si l'on arrondit, comme le fait le rapport d'exploitation. C'est le coût complet d'un trajet, tous financeurs confondus.

La subvention de soixante-deux pour cent laisse 722 000 euros à la charge de la communauté des Hauts. Rapportés aux mêmes 128 000 voyages, ils font cinq euros soixante-quatre par trajet payés par la collectivité, à quoi s'ajoute le prix du billet, deux euros quarante en plein tarif.

Ce chiffre n'a rien de disqualifiant en soi, et il faut aussitôt le confronter à deux autres lignes du même type. Le car de la vallée de la Sanne, quatre allers-retours, revient à onze euros quarante le voyage. La ligne interurbaine de Cerneux, dix-huit allers-retours et six cent quarante mille voyages, revient à trois euros dix. L'écart entre les trois ne dit rien de leur gestion : il dit que le coût par voyage baisse quand la fréquentation monte, ce qui est une propriété du dénominateur, pas un mérite.

  • 128 000voyages

    sur la saison 2025-2026

  • 14,84

    le coût complet d'un voyage, tous financeurs confondus

  • 35voyageurs

    par course en moyenne, pour 55 places

  • 17%

    des voyages faits pour aller travailler

La ligne est pleine, et ce n'est pas la question

On lit souvent que le car roule à vide. Le relevé ne le montre pas. Douze courses par jour, trois cent cinq jours de service, font 3 660 courses dans l'année. Cent vingt-huit mille voyages divisés par 3 660 donnent trente-cinq voyageurs par course, pour des véhicules de cinquante-cinq places : soixante-quatre pour cent de remplissage moyen, et deux courses saturées chaque jour, celle de 7 h 10 et celle de 17 h 45.

La vraie question n'est donc pas le taux de remplissage, elle est la composition. Un comptage embarqué de deux semaines, mené en mars, recoupé avec les validations de la billettique, la donne pour la première fois :

  • abonnés scolaires : 41 %, soit 52 500 voyages ;
  • titres occasionnels : 34 %, soit 43 500 ;
  • abonnés domicile-travail : 17 %, soit 21 800 ;
  • gratuité et ayants droit : 8 %, soit 10 200.

La délibération de création, en juin 2023, tenait en un objectif : « désenclaver l'accès à l'emploi du plateau ». Trois ans plus tard, dix-sept pour cent des voyages sont faits pour aller travailler, et quarante et un pour cent pour aller au lycée. La ligne remplit une fonction réelle, utile et mesurable — ce n'est simplement pas celle qui a été votée.

Ce que la communauté paie pour un service qui ne lui revient pas

Le calcul suivant n'a jamais été fait, et il se fait avec deux nombres déjà cités. Cinquante-deux mille cinq cents voyages scolaires, à cinq euros soixante-quatre de charge communautaire, représentent 296 000 euros par an.

Le transport scolaire n'est pas une compétence de la communauté des Hauts. Une convention signée en octobre 2025 avec le département a organisé une compensation : 118 000 euros par an. Il reste donc 178 000 euros portés chaque année par la communauté pour des trajets qui relèvent d'un autre financeur — soit vingt-cinq pour cent de son reste à charge sur la ligne.

Cette situation n'est pas un accident : elle est la conséquence directe d'un choix de conception que personne ne conteste. Le car passe aux horaires du lycée parce que c'était la seule manière d'atteindre trente-cinq voyageurs par course dès la première année. Sans les scolaires, la ligne aurait ouvert à vingt et un voyageurs par course, et son coût par voyage aurait atteint vingt-cinq euros. Les lycéens n'ont pas capté la ligne : ils l'ont rendue défendable.

Ce qui reste à trancher tient en une phrase, et le conseil ne l'a pas encore posée : la convention avec le département est renouvelable en octobre 2028, et son montant n'a pas été indexé sur la fréquentation.

On me demande si la ligne est rentable. Elle ne l'est pas, elle ne le sera pas, et aucune ligne de car de cette taille ne l'est nulle part. La question que je devrais entendre, c'est de savoir qui monte dedans. Personne ne me l'a jamais posée en séance.

Le vice-président aux mobilités de la communauté des HautsSéance du conseil communautaire du 14 avril 2026