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L'Echo des Hauts, magazine du plateauL'Écho des Hauts

Le plateau, documents à l'appui

Territoire

La fibre est arrivée aux Sagnes, six ans après Val-d'Ambre

Val-d'Ambre en 2020, Les Sagnes en avril 2026, et trois communes sans date. L'ordre de raccordement du plateau n'a rien d'un hasard de chantier : il se lit dans un critère de densité écrit six ans plus tôt.

Théo BrissacLecture : 5 min

Frise de raccordement a la fibre des quatorze communes, de 2020 a 2027, et trois communes sans date
L'ordre de raccordement des quatorze communes, de Val-d'Ambre en 2020 aux trois communes qui n'ont toujours pas de date.

Les premières prises des Sagnes ont été ouvertes à la commercialisation le 3 avril. La commune compte 980 habitants ; elle est la dixième des quatorze à être raccordée, six ans après Val-d'Ambre.

Six ans, c'est le genre d'écart qu'on met sur le compte des chantiers, des intempéries ou des recours. Ce n'est pas le cas ici, et il suffit de reprendre les documents pour s'en assurer : l'ordre dans lequel les quatorze communes ont été raccordées était écrit en 2016, dans le schéma directeur territorial d'aménagement numérique, et il a été suivi à une exception près. Cette exception, on y viendra, confirme le critère au lieu de le contredire.

Un seul critère, et il n'est pas la population

Le schéma ne classe pas les communes par nombre d'habitants. Il les classe par prises raccordables par kilomètre de linéaire à construire — c'est-à-dire par le nombre de logements et de locaux qu'un kilomètre de génie civil neuf permet de desservir.

La série explique tout l'ordre observé. Val-d'Ambre est à soixante-deux prises par kilomètre, Sainte-Cyre-en-Hauts à quarante-huit, Le Bourg-Neuf à quarante-quatre, Chastel-Ambre à trente-neuf. Descendent ensuite La Rive-Haute (31), Monteclair (28), Pierrefeuille (24), Combe-Roussel (17), Les Sagnes (14) et Vaubernier (12). Les dates de raccordement suivent cette liste dans l'ordre, sans une inversion.

En bas de la série, trois communes : Écharmes à neuf prises par kilomètre, La Fauge à huit, Roche-Vieille à sept virgule neuf. Ce sont les trois qui n'ont pas de date, et ce sont les seules. Elles totalisent 1 620 habitants, c'est-à-dire la population de Chastel-Ambre, raccordée en 2022.

  • 2020

    Val-d'Ambre raccordée, première des quatorze communes

  • avril 2026

    Les Sagnes, dixième

  • 3communes

    sans aucune date de raccordement

  • 2 107

    de reste à charge par prise dans ces trois communes, pour un seuil à 900


Le seuil qui décide, et que personne n'a voté

L'ordre par densité n'est pas encore une décision. Ce qui décide, c'est une règle de gestion du syndicat mixte, inscrite au règlement d'intervention de 2016 et jamais modifiée depuis : une tranche est engagée lorsque le reste à charge par prise est inférieur à 900 euros.

Le calcul est court. Le programme porte 10 400 prises pour 21,4 millions d'euros, soit 2 058 euros par prise en moyenne. Les subventions couvrent 57 % ; il reste 43 %, soit 885 euros. Sous 900 : la tranche part.

Appliqué aux trois communes sans date, le même calcul donne un tout autre résultat. Leur coût moyen est de 4 900 euros la prise — 4 600 à Écharmes, 5 000 à La Fauge, 5 100 à Roche-Vieille. À 43 %, le reste à charge par prise atteint 2 107 euros, soit deux fois et demie le seuil. Ces trois communes représentent dix pour cent des prises du plateau et vingt-quatre pour cent de ce qu'il faudrait dépenser pour le finir.

Il ne s'agit donc pas d'un retard : il s'agit d'un hors-critère. La différence n'est pas de vocabulaire. Un retard se rattrape avec du temps ; un hors-critère ne se rattrape qu'en changeant un chiffre, et il n'y en a que deux à disposition. Pour passer sous les 900 euros, il faudrait porter le taux d'aide de 57 % à 81,6 %, ou faire baisser le coût de construction de 57 %. Aucun dispositif de financement ouvert aujourd'hui n'atteint le premier chiffre ; aucune technique alternative ne produit le second sur ces trois communes, dont l'habitat est dispersé et le linéaire aérien.

L'exception, et ce qu'elle prouve

Une commune sort de l'ordre. Saint-Vrain-du-Plan, 690 habitants, a été raccordée en 2025, avant Les Sagnes qui compte trois cents habitants de plus et une densité de prises supérieure. Cela ressemble à un passe-droit ; c'en est l'exact contraire.

En 2014, la commune a renouvelé sa conduite d'eau principale sur 2,1 kilomètres. Le maître d'ouvrage de l'époque a fait poser deux fourreaux vides dans la même tranchée, pour 11 400 euros. Douze ans plus tard, ces fourreaux ont retiré 5,8 kilomètres de génie civil neuf au dossier de la fibre. La densité de la commune, mesurée sur le linéaire à construire et non sur le linéaire total, est passée de onze à vingt-deux prises par kilomètre. Le coût par prise est tombé de 3 900 à 1 810 euros, et le reste à charge de 1 677 à 778 euros.

Sous le seuil. La commune n'a pas doublé les autres : elle a satisfait le critère, avec une tranchée creusée pour de l'eau et un investissement de 11 400 euros qui n'a jamais figuré dans aucun budget numérique.

C'est le seul enseignement transposable de cette histoire, et il ne concerne plus la fibre. Aucune des trois communes sans date ne franchira son seuil par une décision qui la concerne. Elle le franchira, si elle le franchit, à l'occasion d'un chantier qui parle d'autre chose — assainissement, enfouissement de réseau, réfection de voirie — et à condition que quelqu'un, ce jour-là, pense à poser un fourreau vide.