2 380 résidences secondaires, 31 logements vacants remis sur le marché
2 380 résidences secondaires, soit près d'un logement sur quatre. En face, une OPAH qui a remis 31 logements vacants sur le marché. Le rapport entre les deux chiffres dit tout de la politique du logement sur le plateau.
Théo BrissacLecture : 5 min
Le plateau compte 9 900 logements. 2 380 sont des résidences secondaires, soit vingt-quatre pour cent. Sur la même période, l'opération programmée d'amélioration de l'habitat lancée en 2024 a remis trente et un logements vacants sur le marché.
Les deux chiffres circulent séparément. Le premier sert à décrire un problème, le second à annoncer une action. Mis face à face, ils ne racontent pas ce que l'un et l'autre laissent croire, et il faut trois divisions pour s'en apercevoir.
Ce que coûte un logement remis sur le marché
L'OPAH est une convention de trois ans, signée le 1er mars 2024. Elle finance deux choses : une animation — un bureau d'études, des permanences, l'instruction des dossiers — et des aides aux travaux versées aux propriétaires.
Au 31 décembre 2025, soit vingt-deux mois, le bilan est établi et vérifiable : quarante et un dossiers déposés, trente et un logements effectivement remis en location ou vendus occupés. L'animation a consommé 88 000 euros sur les 132 000 prévus. Les aides aux travaux versées, toutes sources publiques confondues, atteignent 656 000 euros.
Sept cent quarante-quatre mille euros pour trente et un logements : 24 000 euros d'argent public par logement remis sur le marché.
Ce montant se compare. Le prix médian d'un logement ancien sur le plateau, établi sur les 214 mutations enregistrées en 2024 et 2025, est de 89 000 euros. La collectivité dépense donc, pour remettre un logement en service, l'équivalent de vingt-sept pour cent de sa valeur. Ce n'est ni scandaleux ni anodin : c'est l'ordre de grandeur qu'il faut avoir en tête avant de parler de « massifier le dispositif », formule employée deux fois en conseil communautaire depuis septembre.
Les dossiers que je perds, je ne les perds pas sur l'argent. Je les perds sur le fait que le propriétaire, en face, a un voisin qui vend sa maison quatre-vingt-dix mille euros à quelqu'un qui vient trois semaines par an et qui ne demande rien à personne.
La division qui manque : le flux, et non le stock
Trente et un logements en vingt-deux mois font 16,9 logements par an. C'est le rythme du dispositif, et il est stable : quinze la première année, seize sur les dix mois suivants.
Reste à savoir contre quoi ce rythme joue. Les rôles de la taxe d'habitation sur les résidences secondaires donnent la réponse, et ils sont publics. Le plateau en comptait 2 246 en 2021, il en compte 2 380 en 2025 : cent trente-quatre de plus en quatre ans.
Ces 134 ne sont pas toutes des pertes pour le logement permanent. Vingt-sept correspondent à des constructions neuves, identifiées par recoupement avec les permis achevés. Les cent sept autres sont des logements existants qui ont changé d'usage, soit 26,8 par an.
Le compte est alors immédiat. L'OPAH remet 16,9 logements par an dans le parc permanent ; le parc permanent en perd 26,8 dans l'autre sens. Le solde annuel est de moins dix. Le dispositif ne comble pas le trou : il le creuse un peu moins vite.
Pour que le solde s'annule, il faudrait porter le rythme de 16,9 à 26,8 logements par an, soit cinquante-neuf pour cent de plus, et donc passer d'une dépense annuelle de 406 000 euros à 643 000. Ce chiffre n'a jamais été présenté, pour une raison qui n'a rien de dissimulé : personne n'a jamais posé la soustraction. Le bilan de l'OPAH compte ce qu'elle produit ; aucun document ne compte ce qui part.
2 380résidences secondaires
soit 24 % des 9 900 logements du plateau
31logements
vacants remis sur le marché en vingt-deux mois
24 000€
d'argent public par logement remis, soit 27 % du prix médian
-10logements
le solde annuel entre ce que l'OPAH récupère et ce que le parc perd
Vingt-quatre pour cent, et quatre communes qui n'ont plus de moyenne
La moyenne de vingt-quatre pour cent ne décrit aucune commune du plateau. Val-d'Ambre est à quatorze, Sainte-Cyre à dix-sept, Le Bourg-Neuf à quinze : dans les trois pôles où vivent près de sept mille habitants, la résidence secondaire est un phénomène marginal.
Elle est majoritaire ailleurs. Roche-Vieille est à cinquante-huit pour cent, Monteclair à cinquante et un, La Fauge à quarante-sept, Écharmes à quarante-quatre. Dans ces quatre communes, l'école la plus proche a fermé ou n'a jamais existé, et le sujet du logement permanent n'est plus un sujet d'offre : il n'y a plus de demande solvable en face, parce qu'il n'y a plus de service.
C'est la limite que le dispositif rencontre sans la nommer. Sur les trente et un logements remis en service, vingt-six sont situés dans les trois pôles, cinq ailleurs. L'OPAH travaille là où le marché fonctionne encore. Là où il ne fonctionne plus, elle instruit peu de dossiers — non par choix, mais parce qu'un propriétaire qui rénove doit ensuite trouver un locataire, et que le calcul, à Roche-Vieille, ne se termine pas.