Le conseil qui a voté la coupure nocturne
23 heures – 5 heures, six communes. Le 24 avril, la communauté des Hauts a voté la première coupure nocturne de son réseau d'eau. La séance a duré quarante minutes, dont trente-cinq à ne pas parler de l'eau.
Hakim ZerroukiLecture : 6 min
La délibération porte le numéro 2026-38 et occupe le septième point d'un ordre du jour qui en compte onze. Elle est intitulée « Mesures de gestion de la ressource en période de tension — sectorisation nocturne ». Le mot « coupure » n'y figure pas.
Trente-huit délégués sur quarante-trois étaient présents ou représentés. Le point a été appelé à 19 h 12 et le vote a été acquis à 19 h 52 : vingt-neuf voix pour, six contre, trois abstentions. C'est, à la connaissance de la communauté, la première fois qu'un réseau d'eau du plateau est fermé volontairement, la nuit, sur décision d'assemblée.
Trente-cinq minutes sur les vannes
Le compte rendu intégral de la séance, mis en ligne comme les précédents, permet de chronométrer le débat. Sur les quarante minutes, trente-cinq ont porté sur les organes de sectorisation : combien de vannes motorisées faut-il pour isoler les six secteurs concernés, qui les pose, qui les entretient, et sur quel budget.
La discussion a été précise et technique. Un délégué a rappelé qu'une vanne motorisée sans télérelève ne sert à rien la nuit ; un autre a demandé si l'automate existant supportait six programmations horaires distinctes. Un troisième a obtenu que le coût d'exploitation supplémentaire — l'astreinte d'un agent pendant la période de fermeture — soit isolé dans une ligne budgétaire propre plutôt que fondu dans l'entretien courant.
Ces trente-cinq minutes ne sont pas une dérobade. Ce sont, très exactement, les questions qu'un conseil doit poser avant d'engager une dépense. Mais elles portent toutes sur l'outil, aucune sur ce que l'outil sert à faire.
Une question technique, pourtant, touchait au fond sans que la séance s'en saisisse : la remise en pression. Rouvrir un réseau fermé six heures ne consiste pas à tourner une vanne — il faut remonter la pression par paliers, sous peine de décoller les dépôts des conduites anciennes et de rendre l'eau trouble au robinet le matin. Le directeur des services l'a signalé en deux phrases, a indiqué qu'une purge serait organisée sur les points bas, et l'échange est reparti sur le coût des automates. La conséquence — une eau qui peut être impropre à la consommation pendant la remise en service, sur des communes qui n'en seront averties par rien — n'a pas été discutée.
On a passé trois quarts d'heure à savoir qui achète les vannes. On n'a pas passé cinq minutes à savoir ce qu'on fait si la nuit ne suffit pas.
Les deux amendements retirés
Deux amendements avaient été déposés dans les délais. Aucun n'a été mis aux voix.
Le premier proposait d'inscrire le seuil de déclenchement dans la délibération elle-même, plutôt que de le renvoyer à un arrêté. Son auteur l'a retiré après avoir obtenu l'assurance orale que l'arrêté serait communiqué aux maires des six communes avant publication. La différence entre les deux rédactions n'est pas rhétorique : un seuil délibéré ne se modifie qu'en séance, un seuil arrêté se modifie par décision du président.
Le second demandait d'étendre l'exemption de l'article 3 aux sept exploitations maraîchères du bas de l'Ambre. Il a été retiré après un échange de quatre minutes au cours duquel il est apparu que ces exploitations ne sont pas sur les secteurs concernés — elles irriguent depuis des prises en rivière et des retenues collinaires, pas depuis le réseau d'eau potable. L'amendement était sans objet ; le fait que personne ne l'ait su avant la séance dit quelque chose de la connaissance qu'a l'assemblée de son propre réseau.
Je le retire, mais je note que nous venons de confier à une seule signature le déclenchement d'une mesure que nous avons mis quarante minutes à discuter.
Le moment où l'assemblée a compris ce qu'elle votait
Il est identifiable à la minute. À 19 h 46, avant le vote, un délégué demande si la mesure a un précédent sur un réseau comparable. Le directeur des services répond qu'il n'en connaît pas dans le département, et que les restrictions habituelles portent sur les usages — arrosage, lavage, remplissage — jamais sur la distribution elle-même.
Le compte rendu note ensuite un silence, puis une intervention du président : la mesure est présentée comme « exceptionnelle et réversible ». Le vote suit six minutes plus tard.
Ce que la réponse du directeur établit sans le dire, c'est que le conseil ne votait pas une restriction plus sévère que les précédentes : il votait un objet d'une autre nature. Une restriction d'usage interdit de faire quelque chose avec l'eau qui arrive. Une coupure de distribution décide que l'eau n'arrive pas. La première se contrôle, la seconde se constate ; et la seconde, une fois exécutée sans incident, devient l'outil disponible la prochaine fois.
C'est la seule chose que cette séance a définitivement acquise, et elle ne figure dans aucun de ses quatre articles.
Reste une question que le vote laisse entière, et qui décidera de la suite : le seuil de l'article 2. Tant qu'il n'est pas publié, personne ne peut dire si la coupure est un dispositif d'exception, déclenché une fois par décennie, ou l'outil courant de la fin d'été. Les deux lectures sont compatibles avec le texte voté le 24 avril. Elles ne le seront plus avec l'arrêté, et l'arrêté ne repassera pas devant l'assemblée.
La mesure est exceptionnelle et réversible. Personne ici ne souhaite qu'elle devienne un mode de gestion.