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Deux médecins pour 17 400 habitants : la semaine du docteur de Monteclair

Deux généralistes pour 17 400 habitants. Une semaine passée avec l'un des deux se compte en consultations, en kilomètres et en refus. C'est cet emploi du temps, et pas le paysage, que devra accepter son successeur.

Noëlle VasseurLecture : 5 min

Six barres donnant l'amplitude horaire de chaque jour de la semaine du medecin de Monteclair
L'amplitude de chaque journée, du lundi 16 au samedi 21 février 2026, relevée heure par heure.

Le plateau compte deux médecins généralistes pour 17 400 habitants. L'un exerce au centre de santé de Val-d'Ambre depuis mars 2025. L'autre exerce à Monteclair, dans un local communal de soixante-deux mètres carrés qu'il loue deux cent quarante euros par mois, et il y est installé depuis 1994.

J'ai passé une semaine avec lui, du lundi 16 au samedi 21 février. Pas une journée type : une semaine réelle, avec ses deux imprévus et son samedi. Tout ce qui suit a été chronométré, compté ou relevé sur son agenda, et il a relu les chiffres.

Cent quarante-huit consultations. Trente-neuf visites à domicile. Quatre cent douze kilomètres. Soixante et une heures trente d'amplitude. Neuf heures quinze d'écritures. Soixante et onze demandes refusées ou reportées.

Où passe le temps

Sa patientèle déclarée est de deux mille cent quarante personnes, réparties sur six communes : Monteclair, Les Sagnes, Combe-Roussel, Vaubernier, La Fauge et Roche-Vieille — quatre mille neuf cent vingt habitants au total. Le cabinet suivant est à Val-d'Ambre, vingt-deux kilomètres, vingt-sept minutes.

Une consultation au cabinet dure quinze minutes en moyenne, mesurée porte à porte. Une visite à domicile en prend trente-huit, dont dix-huit de route. C'est ce rapport, et lui seul, qui structure la semaine : les visites font vingt-six pour cent des actes et quarante-sept pour cent du temps de consultation.

Le reste s'empile en dehors. Neuf heures quinze d'écritures — courriers, renouvellements, certificats, résultats à relire, quatre-vingt-onze appels retournés. Trois heures dix à chercher un rendez-vous chez un spécialiste pour six patients, dont deux ont obtenu une date en septembre. Le total, additionné, fait soixante et une heures trente entre le premier acte du lundi, huit heures dix, et le dernier du samedi, midi.

Aucun de ces chiffres n'est extraordinaire pour qui exerce ici. C'est justement ce qui les rend utiles : ils décrivent une semaine ordinaire, sans épidémie, sans garde et sans absence de son confrère.

  • 148consultations

    en une semaine, dont 39 à domicile

  • 412km

    parcourus du lundi au samedi

  • 71demandes

    refusées ou reportées dans la semaine

  • 1week-end sur 2

    de garde, résultat arithmétique du chiffre deux

Ce qui m'use, ce n'est pas le nombre d'heures. C'est de savoir, en accrochant le téléphone, que si je dis non à cette dame, il n'y a pas de deuxième porte. Dans une ville, dire non c'est orienter. Ici, dire non c'est fermer.

Le médecin de Monteclair, 61 ans, installé depuis 1994Entretien, vendredi 20 février 2026, 21 h 40

Soixante et onze refus, et ce qu'un refus veut dire

Le chiffre le plus important de la semaine n'est pas dans l'agenda : il est dans le cahier de l'accueil, tenu par sa secrétaire à mi-temps.

Soixante et onze demandes n'ont pas trouvé de place. Vingt-sept ont été reportées à plus de dix jours. Quarante-quatre émanaient de personnes qui n'ont pas de médecin traitant et qui en cherchaient un : elles ont été refusées, sans exception, parce que la patientèle est fermée depuis 2021.

Rapporté à l'année, cela fait de l'ordre de trois mille deux cents demandes non satisfaites, dont deux mille recherches de médecin traitant. Ces gens ne disparaissent pas. Le cahier note ce qu'ils disent qu'ils vont faire : quarante et un pour cent descendent en fond de vallée, à quarante et un kilomètres ; vingt-deux pour cent attendent ; dix-huit pour cent évoquent les urgences ; le reste ne dit rien.

Il faut lire ce dernier chiffre pour ce qu'il est. Une consultation refusée ne produit pas d'événement, ne remonte dans aucun indicateur, ne coûte rien à personne le jour même. C'est la seule ligne de cette semaine qui ne se voit nulle part, et c'est la plus longue.

Ce que devrait accepter le successeur

Il a annoncé qu'il s'arrêterait en 2029. Deux annonces de succession ont été publiées depuis 2023 : quatre contacts, une visite, aucune installation.

La commune a construit ce qu'elle pouvait construire : vingt-quatre mille euros d'aide à l'installation, douze mille de la région et douze mille sur son budget, et la gratuité du local pendant deux ans. C'est une somme réelle pour une commune de mille trois cent cinquante habitants — l'équivalent de quatre pour cent de son budget de fonctionnement.

Elle ne porte pourtant sur aucun des chiffres de cette semaine. Une aide à l'installation se verse une fois ; ce qui se répète, c'est soixante et une heures trente, quatre cent douze kilomètres, trente-neuf visites et un week-end sur deux. Le seul de ces nombres qui puisse baisser sans que le médecin travaille moins bien est le dernier, et il ne baisse que d'une façon : en devenant un tiers au lieu d'une moitié.

Le centre de santé de Val-d'Ambre a trois cabinets. Un est occupé. C'est là, et pas dans une prime, que se joue ce que le prochain médecin de Monteclair acceptera ou non de signer.